À travers le prisme de ses avatars, Louis Fortier exploite les soubresauts d’une identité insaisissable. Le travail de l’artiste est principalement connu pour l’étalement de ses têtes tordues et biscornues, telles qu’il les a présentées dans Métamorphoses et Déroutes quotidiennes. Querelles intestines rend plutôt compte d’une tendance à l’entremêlement. Les grimaces et expressions variées laissent à penser qu’elles ne sont plus le résultat d’une manipulation de l’artiste, mais qu’elles proviennent d’une pression résultant d’un placement serré dans un espace circonscrit. Les déformations se produisent, dirait-on, par l’effet de surnombre.
Les visages pétrifiés, qu’on imagine appartenant à un autre temps, composent des fresques organiques qui interpellent notre méfiance face à l’Autre. L’artiste s’incarne dans le corps social : luttes territoriales, foules en déroute, entassement aux frontières et désordre. Contrastant avec l’idéal de permanence associé à la pierre dont l’artiste cherche à imiter le rendu, une violence sourde parcourt les surfaces. En témoigne cette noirceur mordant les figures. Si les hauts reliefs en aquarésine de Fortier évoquent l’agitation de nos collectivités, ils nous entretiennent également de la vulnérabilité comme trait humain traversant les époques.